Peinture & Ecriture

Les hortensias

Les hortensias - Peinture & Ecriture "Il y a des fleurs partout pour qui veut bien les voir"
Matisse
Les hortensias
de Josiane Bisson
Huile sur toile 24x33
(Oeuvre vendue)

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Extrait de mon recueil de nouvelles

Trente ans


«…Aussitôt le téléphone raccroché je dus m’asseoir car mes jambes ne pouvaient plus me soutenir. Trente ans, trente longues années s’étaient écoulées et j’allais enfin le revoir, le sentir, le toucher, l’entendre. Celui qui avait bercé mes fantasmes les plus fous, cet adoré qui avait un jour suscité en moi l’envie d'abandonner tout, dans quelques heures à peine, cet être là serait dans mes bras. Les trois décennies qui venaient de s’écouler me semblèrent courtes comparées aux minutes qui séparaient nos retrouvailles.

Impassiblement l’horloge égrainait les secondes sans se soucier de ma torture. Deux heures, c’était le temps qu’il me restait pour me présenter devant lui. Deux heures pour transformer la femme que j’étais devenue en une fringante jeune fille de vingt-cinq ans. Illusoire, irréalisable, l’objectif était tout simplement impossible. Affolée devant ma glace, ne sachant par quoi commencer, le destin en avait décidé autrement car le téléphone se fit entendre, coupant court à mes interrogations. Marc arrivait plus tôt que prévu. Des tremblements envahirent mon corps et le courage m’abandonna. Impossible de reculer, je devais affronter la réalité. Sans falbalas, ni artifices, il me fallait ouvrir la porte pour le rejoindre au portail et l’accueillir.

Le rythme cardiaque hors norme, l’ouïe transformée en un long bourdonnement, le corps glacé, j’avançais à la rencontre de l’automobile. Ce fut d’abord une silhouette que j’aperçus, puis un visage, un sourire, enfin j’entendis le timbre de sa voix. À cet instant précis, la terre aurait pu trembler sans que j'y prête attention. Je ne sais pas lequel de nous deux a parlé en premier. Je n’ai aucun souvenir des premières phrases échangées. Pleuvait-il ? Faisait-il froid ? Rien, je ne me souviens absolument de rien.

C’est une fois le seuil franchi que nous nous sommes étreints, puis éloignés, puis resserrés, pour nous désunir à nouveau, tout en s’esclaffant dans une gaieté à la limite des sanglots. Marc était là devant moi. Je passais autour de son cou le collier d’or qu’il m’avait offert trente ans auparavant, souhaitant qu’il s’imprègne des essences de sa peau. Nos lèvres se rapprochèrent sans la moindre hésitation et ce baiser fit resurgir le bonheur et la tristesse de notre histoire.

Certes nous avions vieilli. Quelques rides étaient nées sur nos visages, des fils d’argent parsemaient nos cheveux, nos corps avaient perdu de leur superbe, mais, nos sentiments étaient intacts. L’évocation des souvenirs fut pour moi une épreuve. À plusieurs reprises je dus contenir mon émotion. J’aurais donné n’importe quoi pour revenir en arrière, pour me retrouver dans ce village, allongée au milieu de cette route de campagne, un soir de pleine lune. C'est ce soir là précisément, devant l’astre unique et lumineux, que nous nous sommes jurés un amour éternel.

L’agitation passée, les heures qui suivirent furent un enchantement. Champagne, rires, complicité, anecdotes, étreintes, caresses et baisers explosaient. Le temps n’existait plus, nous avions arrêté les pendules.

La nuit fut blanche et si nos corps se sont enlacés dans des étreintes amoureuses, laissant les sentiments s’éveiller, c’est pour trouver, à nouveau, le courage de se séparer.

À l’heure où j’écris il est reparti, il s’est envolé, quittant la France pour le Moyen-Orient, en m’abandonnant à nouveau le collier d’or… »

J.B

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