Peinture & Ecriture

Champ de colza

Champ de colza - Peinture & Ecriture "L'œuvre de la nature est bien plus difficile à comprendre que le livre
d'un poète"
Léonard de Vinci
Champ de Colza
de Josiane Bisson
Huile sur toile 45x33
(Prix de vente 295€)

Joindre l'artiste à propos de ce tableau
Après le rouge cerise des coquelicots voici le jaune soleil du colza !

Extrait de mon recueil de nouvelles

Les yeux d'Isabelle


« …Ce matin là, Victor se réveilla en sursaut. Encore une fois Isabelle avait hanté son sommeil. Isabelle, la belle Isabelle avait des yeux aux courbes harmonieuses rappelant l’amande, frangés de longs cils noirs qui battaient de haut en bas comme les ailes d’un papillon.

Victor avait eu le plaisir de contempler une fois la mer et son bleu intense. Certes, les yeux d’Isabelle n’étaient pas bleus mais ils déclinaient tout un camaïeu d’ocre qui n’avait rien à envier aux nuances azur de l’étendue d’eau. Puis Victor rêvassa sur la beauté de ses jambes. Longues, effilées, dessinées et énergiques à la fois, il n’aurait su dire ce qui le troublait le plus, les yeux d’Isabelle ou ses jambes. Comme chaque matin, Victor prit un petit déjeuner copieux, accompagné d’une de ces fameuses noix de coco dont-il raffolait tant. Il ne songeait qu’à l’instant bénit où le soleil déclinerait, donnant ainsi le signal du départ vers la rivière où il aurait le loisir de croiser Isabelle qui s’y rendait chaque jour. C’était décidé, aujourd’hui il lui parlerait, lui déclamerait son amour, de plus, il lui offrirait un présent, la plus belle et la plus appétissante des noix de coco. L’heure venue, Victor se rendit aux bords du cours d’eau. Isabelle, déjà présente, ne tourna même pas la tête. Victor s’approcha avec calme, bien que son cœur menaçait de jaillir de sa poitrine. Il s’adressa à la belle en lui tendant le fruit tant convoité. D’un battement de cils, Isabelle lui jeta un regard surpris et dédaigneux.
- Mademoiselle, permettez-moi de vous offrir ce fruit.

Isabelle détourna à peine ses prunelles dorées et d’un air écœuré dit à notre Roméo : "Comment Monsieur osez-vous me présenter cette infâme graine couverte de fibre qui risquerait d’irriter ma gorge délicate !"

Isabelle étendit son cou sculptural jusqu’à atteindre l’eau fraîche de la rivière. Après s’être désaltérée, convenablement, elle rejoignit d’un pas majestueux le troupeau des girafes.
Victor resta sans voix.

Il la regarda s’éloigner en songeant qu’il n’était qu’un sot. Quelle audace, comment avait-il pu imaginer qu’un petit chimpanzé crasseux et pouilleux pourrait séduire une aussi grande dame.

Les mois passèrent et l’été s’installa dans la plus écrasante des chaleurs qui soit. Les animaux se rendaient chaque jour à la rivière qui était réduite, à présent, à un simple filet d’eau ne permettant pas d’abreuver tous les survivants de cette canicule.

Victor gagnait comme chaque jour le point d’eau pour contempler l’élue de sa convoitise. Isabelle dépérissait. Jour après jour, elle devenait plus lente, moins agile, terne et fébrile. Un soir Isabelle s’approcha du ru tari et s’effondra sur la berge. Victor se précipita.
- Viens avec moi, j’ai ce qu’il te faut.
Il accompagna les pas vacillants de son aimée jusqu’au beau milieu de la forêt. Là, il grimpa aussi haut qu’il pût afin d’être à la hauteur. Il brisa une noix de coco et versa le savoureux liquide dans la gorge de la belle. Elle ouvrit péniblement les yeux, fit un battement de cils et, tout en s’excusant, lui donna un baiser.

J.B

Contact | Copyright et Mentions légales | Privé